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Une date importante…
Le 29
octobre 2009, va se tenir une nouvelle réunion de négociation pour la
rénovation et l’amélioration de la Convention Collective Nationale de Travail des
établissements et services pour personnes inadaptées et handicapées du 15 mars
1966 (la CCNT
66) qui régit le cadre
conventionnel de travail pour la majorité des salariés
du secteur social et médico-social travaillant dans des associations à but non
lucratif. Elle se déroulera au ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille,
de la Solidarité et de la Ville, sous l’autorité des autorités publiques donc.
… dans le chantier de rénovation
d’une convention collective de référence…
Pour
mémoire, la CCNT 66 concerne 240 000 emplois, alors que d’autres conventions
dans le même secteur concernent des effectifs moindres : la CCNT du 31 octobre 1951 des établissements privés
d'hospitalisation, de soins, de cure et de garde à but non lucratif concerne 150 000
salariés, les accords de travail SOP-CHRS concernent 3 500 salariés (secteur de
l’inclusion sociale), sans compter d’autres conventions collectives plus
ciblées (CC CLCC, CC SNAESCSO, etc.).
Pour
mémoire également, la CCNT 66, cadre de référence devenue opposable depuis
1967, est restée indicative, chaque employeur pouvant choisir sa convention, le
ministère ayant échoué au début des années 1970 dans l’harmonisation des
différentes conventions en un texte unique. En 1975, le principe de l’agrément préalable de tous les
accords entre syndicats employeurs et syndicats employés a créé un système de
tutelle de l’État sur tous les textes ayant une conséquence financière notamment,
le financement des activités dans ce secteur étant essentiellement public.
La CCNT
66 se caractérise par un texte principal, des annexes et des ajouts réguliers
au fur et à mesure du temps, qui l’ont rendue difficilement lisible. Deux
caractéristiques majeures :
> Une
classification des grilles de salaires par métiers, en référence à des diplômes
(avec des progressions dans l’ancienneté valables quel que soit l’employeur en
cas de mobilité, de moins en moins garanties au moment d’une embauche par les
autorités publiques, des progressions moindres dans certaines catégories
d’emplois),
> Un
régime de congés supplémentaires généreux, inégalitaire, ne tenant pas compte
de la réelle pénibilité de certaines activités et devenu difficilement
applicable.
De fait,
un risque majeur s’est peu à peu installé d’une inadéquation de la CCNT 66 aux
évolutions du secteur et de son possible contournement par les financeurs
publics : absence d’intégration dans la CCNT de nouveaux emplois et
services, faible attractivité pour certains métiers, inadéquation du cadre de
travail avec les besoins des usagers, important volume de jours de congés, non
prise en compte de parcours de progression professionnelle, coût financier
important de la progression des salaires avec l’ancienneté, etc.
La non
rénovation de la CCNT, c’est à terme son abandon au profit d’accords de travail
contraints par les conditions posées par les financeurs, voire l’absence de
référence à une convention nationale.
… après des épisodes infructueux…
La
réforme de la classification des emplois a été recherchée en vain par les 3
principaux syndicats employeurs (SNASEA, SOP, FEGAPEI) entre 2002 et 2006.
C’est pourquoi ces derniers ont proposé une rénovation fin 2008, avec un accord
pour une négociation paritaire de la plupart des syndicats d’employés. La
proposition d’un premier texte de base, commun aux 3 syndicats employeurs
(malgré la tentation solitaire du FEGAPEI) a néanmoins été jugée inacceptable,
d’emblée, par les syndicats d’employés.
… et des avancées dans un contexte
heurté
Des
commissions nationales paritaires se sont ensuite réunies, au moins tous les
mois depuis janvier 2009, avec des positions extrêmes pour certains syndicats
d’employés (reliés à des syndicats non représentés ou des collectifs), des
positions plus ouvertes de la CFDT (mais avec une ambition précise sur la
valorisation des parcours professionnels et la prise en compte de la
pénibilité), des positions conciliantes des syndicats d’employeurs
(essentiellement le SOP et le SNASEA, qui ont accepté de retirer le texte de
décembre 2008).
Certains
commissions se sont déroulées dans des circonstances difficiles :
manifestations, prises de parole de collectifs ou de syndicats non
représentatifs. Il convient de dire que les prises de position sont
importantes, souvent de la part des collectifs, avec parfois des mots d’ordre
définitifs. Néanmoins, un calendrier de négociation a été adopté, de même que
le principe d’une classification des emplois et grilles de salaires par
filières (formation ; éducation,
intervention sociale et enseignement ; administration, gestion et logistique ;
soin et paramédical ; cadre, avec distinction entre les cadres hiérarchiques et
les cadres techniques) et non plus par métier dans des annexes.
C’est l’entrée dans la deuxième phase de négociation
sur l’impact financier et son
chiffrage qui est la plus délicate, engagée depuis septembre. Si tous les
syndicats conviennent de porter le même message (l’amélioration de la
convention collective de 1966 est incontournable pour notre secteur, avec un
coût qui doit être financé), les syndicats d’employés n’ont pas apprécié que les syndicats
d’employeurs n’aient pas fait de propositions chiffrées dès septembre. Certains
syndicats d’employés n’ont pas non plus apprécié la présence de délégations
non parties prenantes de la négociation (prise de parole d’un « collectif de défense de la CC
66 », présence possible de SUD et d’un représentant de ce « collectif » comme témoins
des négociations).
Une sortie possible par le
haut ?
La
commission mixte paritaire de demain, 29 octobre 2009, se déroulera donc sous
le parrainage du ministère, dans ses locaux. Il est étonnant de voir le
ministère se situer comme modérateur et régulateur de cette négociation,
puisque l’État (au sens large) est souvent une des sources de pression sur les
employeurs. Mais enfin…
Cette
commission mixte paritaire sera l’occasion d’examiner les propositions
chiffrées des employeurs, au regard de la classification adoptée en juin (à
l’exception de FO et de réserves de la CGT et de la CGC). Espérons que les
points d’accord de juin trouveront leur traduction concrète dans les 5
principes adoptés :
> Une classification organisant les métiers et
les emplois en filières (les 5 filières citées plus haut),
> Le niveau de qualification déterminant la
classification dans la filière,
> Le recrutement de professionnels sans niveau de
qualification conditionné à un dispositif de formation,
> La progression associée à l'ancienneté
identique pour tous les professionnels,
> Des valorisations financières complémentaires
déterminées conventionnellement dans le cadre de positions intermédiaires
d'emplois. Il
restera ensuite à aborder les points supplémentaires : jours de congés
(sortie du cadre actuel), plafonnement de la progression dans l’ancienneté,
rémunération différenciée.
Je
souhaite que les négociateurs gardent à l’esprit deux principes majeurs :
l’avancée de chaque partie prenante dans une écoute du point de vue de l’autre
et vers les éléments acceptables pour tous, dans l’intérêt général, le maintien
nécessaire d’une convention collective, certes aménagée, mais nationale. Son
existence est en effet toujours indispensable pour en faire avancer le
caractère opposable, de référence, dans les négociations avec les multiples
financeurs publics. Faute de quoi, des régimes très différents seront
généralisés, déjà en partie à l’œuvre : des situations stables pour le « social installé »
(institutions reconnues), des situations encore plus instables pour « le social fragilisé »
(notamment dans le champ de l’insertion).
Daniel GACOIN
PS :
de nombreux sites évoquent les multiples prises de position, parfois extrêmes,
parfois même sans rapport avec la réalité actuelle des points d’accord. Il est
possible de télécharger le point d’étape publié par le SOP et le SNASEA
(deux syndicats qui vont bientôt fusionner) dans leur site commun. Le ton de ce
point d’étape est mesuré et positif.
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