.
La Mission interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, MIVILUDES, vient de faire paraître son rapport 2008, en partie repris par la presse, notamment pour l’investissement du secteur psychothérapeutique par les sectes … Il convient que les professionnels de l’action sociale et médico-sociale se penchent attentivement sur son contenu, notamment sur l’entrisme des sectes. L’histoire est en effet tenace avec une progression de leur influence, malgré l’attention croissante des pouvoirs publics :
- 1983, rapport d’Alain Vivien, « les sectes en France » (recherche d’une définition juridique,
classement de certaines sectes notoires malgré le flou des frontières),
- 1995, rapport parlementaire recensant 170 mouvements qualifiés de sectes (dont certains reconnus par les Églises),
- 1996, création d’un observatoire interministériel,
- 1998, création de la Mission de Lutte contre les Sectes (MILS) présidée au départ par Alain Vivien,
- 2001, loi About - Picard permettant de dissoudre des sectes condamnées au pénal,
- 2002, transformation de la MILS en Miviludes et production, année après année, d’un rapport toujours alarmant, avec demande de classement des sectes (au moins 200 organismes immédiatement classables comme tels) malgré l’opposition constante du Ministère de l’Intérieur.
Il convient de lire le rapport 2008 en lien avec le rapport 2007. Ce dernier menait une étude juridique rigoureuse, mettant en avant, entre la protection de la liberté de conscience et la protection des libertés individuelles (notamment celles des plus faibles), la dangerosité des pratiques à risque. Étaient mise en avant 11 types de pratiques : 1. Forte emprise sur l’individu avec pression pour une changement de personnalité, 2. Caractère exorbitant des exigences financières, 3. Rupture avec l’environnement (diabolisation de la famille, des amis et de tous ceux qui attaquent le gourou ou le mouvement), 4. Existence d’atteintes à l’intégrité physique et psychologique, 5. Embrigadement des enfants, discours antisocial et trouble à l’ordre public, 6. Importance des démêlés judiciaires, 7. Détournements des circuits économiques traditionnels, 8. Tentative d’infiltration des pouvoirs publics, 9. Élitisme et culte de la personnalité, 10. Mode de recrutement fondé sur la séduction, 11. Mode de vie différent (communauté, prosélytisme, vêtements et alimentation différents, refus des soins conventionnels…).
Au-delà, il pointait les actions possibles, contre l'action des sectes, dans le domaine de l’éducation et de l’enfance (préconisant des mesures pour contrôler/limiter l’enseignement à distance et à domicile, dans le domaine de la santé, de la justice, dans le domaine économique, ou pour former les agents publics). Il présentait des pratiques sectaires spécifiques : utilisation / vente de stupéfiants nouveaux dits naturels (datura, ayahuasca iboga…) dans les pratiques chamaniques, risques liés aux dérives sataniques, stratégies lobbyistes des sectes (notamment à travers des ONG au sein de conférences de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, l’OSCE !). Enfin, il développait une analyse de pratiques psychothérapeutiques (suggestion de faux souvenirs, emprise et sujétion, etc.).
C’est dans le prolongement que le rapport 2008 livre ses constats avec 3 angles particuliers :
- Le développement des pratiques de développement / coaching, au sein des entreprises et à travers la formation professionnelle, à des fins sectaires,
- L’utilisation de stratégies d’influence via Internet et même maintenant au sein de l’ONU via des ONG apparemment indépendantes des sectes,
- Le développement fort de pratiques psychothérapeutiques au sein de la bulle « psy » (20 à 30 % des 15 000 praticiens français se réclamant de disciplines ou formations non validées).
Je ne peux que conseiller aux travailleurs sociaux d’affûter leurs connaissances en ouvrant les yeux : mieux vaut une situation de contrôle, mieux vaut des interventions référées à un cadre contraignant, mieux vaut une garantie thérapeutique médicale ou une tutelle publique, avec des règles explicites et protectrices, qu’une liberté d’intervention hors de tout mandat, laissant libre cours au pouvoir des intervenants. Par ailleurs, l’entrisme sectaire est, le contraire serait étonnant, vraisemblablement présent dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux : et si nous développions un observatoire à partir de l’outil Internet ?
PS : cliquer sur le lien pour trouver puis télécharger le rapport Miviludes














Abonnez vous à ce blog











Merci pour votre article.
Il est tout à fait légitime que la Miviludes pointe les risques de dérives sectaires liées à la pratique de pseudo coaching. L’offre explose… les coachs se multiplient. Le risque de recherche "d'emprise mentale" sur autrui est bien réel et c’est pourquoi il convient d’être très vigilant lors du choix d’un coach. L’appartenance du coach à une fédération est un précieux garde-fou. Les conditions d’adhésion sont en effet drastiques et réservées aux seuls professionnels.
Le métier de coach est maintenant bien balisé, même s’il n’est pas protégé. Il faudra sans doute attendre des années encore pour qu’il le soit. En attendant, tout le monde peut apposer le titre de coach sur sa plaque et sa carte de visite.
Même si c’est la première fois que le rapport de la Miviludes pointe explicitement le coaching (cité 4 fois dans le rapport), elle s’intéresse depuis longtemps au phénomène et notre fédération (Fédération Francophone de Coachs Professionnels – www.ffcpro.org) a déjà contribué à ses travaux en 2004, et elle le fera encore.
Mathilde Bertrand
Présidente de la FFC Pro
Rédigé par: Mathilde Bertrand | 31 mai 2009 à 09:37