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Livres Daniel Gacoin

  • • Communiquer dans les organisations sociales et médico-sociales

    Partie 1 : Mutations et enjeux
    Partie 2 : La communication comme solution ?
    Partie 3 : La communication avec l'usager, stratégies et méthodes
    Partie 4 : La communication interne, stratégies et méthodes
    Partie 5 : La communication externe, stratégies et méthodes
  • • Conduire des projets en action sociale (janvier 2006)

    Partie 1 : Comprendre la place nouvelles des projets
    Partie 2 : Innover en action sociale (à lire notamment les 5 histoires en forme de fables appelées "Histoires comme ça")
    Partie 3 : Penser projet : des savoirs au positionnement
    Partie 4 : Construire une stratégie
    Partie 5 : Mobiliser et impliquer Partie 6 : Communiquer et négocier
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« juillet 2007 | Accueil | septembre 2007 »

26 août 2007

Les dispositifs locaux d’accompagnement (DLA) : soutenir leur utilisation, plus importante, par le secteur social et médico-social

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Un dispositif créé en 2001…

L'Etat et la Caisse des Dépôts  et Consignations (CDC) ont initié depuis 2001 un dispositif original en faveur des services et activités d’utilité sociale, par un appui des structures reconnues sur le territoire et qui créent de l’emploi : le Dispositif Local d'Accompagnement (DLA).

L'idée était d’une grande simplicité : l'Etat et la CDC soutiennent le secteur associatif et assimilé (économie sociale) en finançant, avec le Fonds Social Européen, des conseils ou accompagnements aux structures souhaitant développer ou consolider leurs activités. Les trois ambitions / originalités du système :

  • Le soutien se réalise non par des subventions ou le financement de postes ou budgets pérennes, mais par des actions de conseil aux projets, à l’activité ou à l’organisation (faisabilité, développement, consolidation), devenant eux-mêmes sources de revenus et d’emploi.
  • Il concerne les associations, mais également toute structure ayant une mission d’utilité sociale. La notion, comprise dans un sens très large, permet à des sociétés coopératives, des entreprises d’insertion de bénéficier de ce soutien.
  • Le dispositif comprend une dimension de développement territorial et l’organisation permet aux collectivités locales et aux fédérations associatives de s’impliquer dans l’abondement des fonds en ingénierie.

… et développé dans une organisation spécifique

La construction locale est centrale : au moins une structure porteuse par département. En 2006, Il existait 109 DLA sur le territoire français, chaque DLA étant porté par une structure locale, indépendante et spécialiste de l’accompagnement, afin d’éviter une institutionnalisation administrative du dispositif. Ces structures peuvent être des associations, des boutiques de gestion, des structures d’aide à la création d'entreprises, des réseaux, des fonds territoriaux France Active, etc… L’organisme soutient les projets des structures demandeuses, en respect des orientations d’un Comité de Pilotage DLA (des acteurs du développement local : DRTEFP, CDC, Collectivités locales, CPCA, etc…) et en articulation avec un comité technique (acteurs locaux, experts filières, issus des réseaux associatifs, des collectivités locales, des services déconcentrés de l'Etat, des banques, des chambres consulaires). Ce comité technique possède une connaissance concrète des associations du territoire, apporte son expertise sur les actions (diagnostic et plan de consolidation).

Les DLA sont articulés avec des Centres Régionaux de Ressources et d’Animation, des C2RA, qui facilitent la cohérence territoriale (actions d’articulation, de formation, de communication, de veille), et l’implication plurielle (collectivités territoriales, fédérations). Il s’agit de constituer un réseau national d’accompagnement de proximité, comme il en existe pour la création d’entreprises. Les DLA bénéficient en outre d’appuis sectoriels, via 5 Centres Nationaux d’Appui et de Ressources, des CNAR, portés par des réseaux associatifs. On trouve ainsi Opale (36 fédérations et syndicats) pour le CNAR Culture, l’UNCPIE (Union Nationale des Centres Permanents d’Initiatives pour l’Environnement) pour le CNAR Environnement, le CNOSF (Comité national olympique et sportif français) pour le  CNAR Sport, l’UNIOPSS (Union Nationale Interfédérale des Oeuvres Privées Sanitaires et Sociales) pour le CNAR Social, Médico-social et Santé, France Active pour le CNAR Financement. L’animation globale est assurée par l’Agence de Valorisation des Initiatives Socio-Économiques, l’AVISE, créée en 2002 par la CDC avec des représentants majeurs de l’économie sociale (CPCA, FONDA, FNMF, MACIF, Fondation MACIF, CGSCOP, Caisse nationale des Caisses d’Epargne, Crédit Coopératif, IDES, France Active) : construction d’outils, liens entre DLA, C2RA et CNAR, capitalisation / diffusion des pratiques et expériences.

… qui a trouvé son rythme de croisière

Depuis 2003, 13 000 structures de l’économie sociale et solidaire (150 000 emplois) ont bénéficié du réseau DLA. Pour 2006, 8000 structures ont bénéficié d’une action d’ingénierie individuelle ou collective (71 % à partir d’un diagnostic). Le coût moyen pris en charge par les DLA pour ces actions est de 3 600 €. Elles correspondent  à 3 thématiques :

  • 52 % : le soutien d’un projet global à long terme (refonte d’un projet de structure, stratégie de consolidation, évolution de l’activité, évaluation de l’utilité sociale…),
  • 26 % : la résolution d’une problématique financière (recherche de financement, étude de marché, étude fiscale…),
  • 17 % : l’aide à une structuration managériale ou organisationnelle (recherche d’efficience, consolidation, communication, développement interne, changement de statut…).

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Le faible usage des DLA par le secteur social et médico-social…

Si l’on tient compte du pourcentage des emplois de la filière sanitaire, sociale et médico-sociale dans l’ensemble des associations (près de 60 % des 1,6 millions d’emplois associatifs), le secteur social et médico-social utilise peu les DLA. En 2006, sur l’ensemble des actions DLA, 18 % concernaient le champ insertion / emploi (dont l’insertion par l’activité économique), 16 % le champ de la culture, 13 % le champ sportif, 10 % les services à la personne, 10 % le champ famille / enfance / jeunesse. Ainsi, le secteur social, médico-social et sanitaire au sens large ne représenterait qu’un tiers des actions des DLA.

… et l’incitation que je souhaite formuler

Le secteur social et médico-social devrait mieux connaître ce dispositif, tant il est…

  • Directement lié aux besoins de ce secteur : consolidation d’activité, développement de nouveaux projets (dont les études de faisabilité), résolution de difficultés organisationnelles, structuration managériale,
  • Facile d’accès : pour bénéficier du DLA, il suffit de prendre contact avec ce dernier. Un animateur se rend alors dans la structure pour rencontrer les responsables et élaborer un diagnostic sommaire de l’association. Selon les réalités, les projets et les difficultés de l’association, le DLA propose à la structure la mise en œuvre et la prise en charge d’une ou plusieurs actions d’accompagnement (ce sont les accompagnements qui sont financés par le DLA, non la structure ou ses projets). Les accompagnements, individuels ou collectifs, ne peuvent être menés directement par le DLA. Ce dernier fait appel à un intervenant extérieur (association, organisme de formation, cabinet conseil, ...) qu’il sollicite sur la base du diagnostic, du plan de consolidation et d’un cahier des charges spécifiques à chaque structure accompagnée.

… assortie de quelques réserves

Si j’incite les associations du secteur social et médico-social à mieux connaître et à davantage utiliser les DLA, je tempère cette incitation : une grande majorité de ces associations sont inscrites dans ce que j’appelle le « social installé » (structures pérennes, financements stables). Il me semble peu défendable de voir les sommes mises en jeu par le DLA utilisées en majeure partie par des associations disposant de marges de manoeuvre importantes, au détriment  d’associations d’autres secteurs ou d’associations inscrites dans ce j’appelle le « social précarisé ». Je n’hésite donc pas : responsables associatifs du secteur social et médico-social, prenez connaissance des DLA, utilisez-les, prenez des responsabilités dans leurs structures de pilotage stratégique ou technique, en respectant ou en favorisant 2 règles:

  • Garder ce dispositif pour des actions qui n’auraient pas d’autres modes de financement, ou pour des situations où seul le soutien DLA permet de sortir d’une impasse interne dans les résolutions organisationnelles, ou enfin pour des actions liées à des innovations majeures,
  • Agir pour que les DLA soient en priorité orientés vers les structures qui en ont le plus besoin (pas forcément celles qui s’expriment le plus), les structures les plus fragiles.

   

                                                                Daniel GACOIN

Pour mieux connaître les actions des DLA, pour prendre contact avec un DLA dans son département : voir www.avise.org puis cliquer sur dispositif DLA-C2RA-CNAR. Vous pourrez également télécharger la nouvelle lettre nationale des DLA, « DLA & Territoire » et ses numéros des 2 premiers trimestres 2007

15 août 2007

La fin de l’aide sociale aux USA : une étrange histoire

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Un ouvrage paru en France il y a 3 mois…

Mon coup de cœur de l’été concerne un livre intitulé « American dream » avec pour sous titre « trois femmes, dix enfants et la fin de l’aide sociale aux Etats-Unis », écrit par un journaliste du New York Times, Jason De Parle (éditions du Panama). L’ouvrage mérite le détour : rappel historique, description de la misère et des modes de fonctionnement des systèmes sociaux ou de leurs bénéficiaires aux USA, traduction pleine de charme permettant de retrouver les expressions et l’humour nord-américains.

… avec sa narration d’un processus

Il présente la politique initiée par Bill Clinton en matière d’aide sociale, présentée de manière floue lors de sa première compagne électorale en 1992, rapidement en buttes à l’opposition des républicains, puis à leur implication dans une réforme détournée. Tous les ingrédients d’un mauvais feuilleton politique sont décrits : flou d’un projet initial, pressions des lobbies, manœuvres parlementaires, entreprises privées d’action sociale, travailleurs sociaux ineptes, contre effets pervers des réformes, impuissance publique.

… et une philosophie

L’ouvrage décrit, en contrepoint, les effets des évolutions auprès des bénéficiaires, une illustration précise, grave, parfois absurde, à partir des visions des politiques : « les sénateurs discutaient de l’aide sociale, écrit l’auteur, comme le font les gens dans les dîners, en employant des termes si idéologiques qu’ils en devenaient presque religieux. (…). Par moment, il semblait que l’idée même de l’Amérique fût dans la balance ». Il ajoute ce propos d’un expert de l’aide sociale : « Les idées sont intéressantes, les gens ennuyeux ». Pour Jason De Palma à l’inverse : « certes les idées sont intéressantes, mais  je suis parti d’une idée plus ambitieuse : l’existence des démunis qui vivent de l’aide sociale est plus intéressante que ne le croient les deux camps ». D’où l’intérêt de sa description, attentive aux personnes, de la vie de trois femmes pendant la réforme.

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L’exposé d’un processus historico-politique …

L’histoire se situe en amont et en aval de 1995 :

  • L’aide sociale s’appelait, en 1935, à l’époque de sa création dans le cadre du Social Security Act destiné à lutter contre les effets de la Grande Dépression,  « Aid to Dependent Chidren » (ADC), l’aide aux enfants à charge. Devenue en 1962 l’AFDC, l’aide aux familles avec enfants à charge, elle était destinée aux femmes seules avec enfants, afin de leur permettre d’élever ces derniers sans avoir à s’absenter pour gagner un revenu. Le fonds fédéral est au départ utilisé à 96 % par des femmes blanches, tout étant fait pour que les femmes noires, travaillant dans les plantations du Sud, soient découragées dans leur recherche pour en bénéficier. A la fin des années 1960, la situation sera inversée, avec une explosion des demandes (11 millions de personnes en 1973, soit un enfant sur 9, touchent l’aide sociale) et un bénéfice majeur pour les foyers monoparentaux des communautés noires ou hispaniques.
  • Les années 1980 amènent des politiques complémentaires : soutien, au-delà de l’aide sociale, de l’accès à l’emploi avec formation ou exigence de recherche. Mais les programmes restent peu fiables, voire laxistes, favorisent une image infâmante des personnes bénéficiant de l’aide sociale. Parallèlement les thèses visant les manques du système progressent (l’aide sociale favoriserait l’oisiveté, les pauvres vivraient dans une culture du « j’ai droit à… », etc…).
  • En 1992, Bill Clinton voulut faire « des allocataires des actifs sortis de l’assistanat », idée traduite par un de ses conseillers dans un slogan « mettre fin à l’aide sociale telle que nous la connaissons » qui contribua à son élection. Il s’engagea d’abord dans la nouvelle politique extérieure et les projets complémentaires Medicaid (assurance maladie pour les bénéficiaires de l’aide sociale) et Medicare (assurance maladie couvrant les dépenses minimales de santé pour les bénéficiaires du système Social Security : les personnes avec un salaire mensuel minimum de 850 dollars et ayant cotisé pendant au moins 10 ans). Dans sa biographie (« Ma vie », Bill Clinton, Odile Jacob, 2004), j’ai vérifié qu’il ne consacre, sur les 520 pages concernant sa présidence, que 3 pages à la question de l’aide sociale, abordée au départ avec une idée simple : l’aide sociale devrait être limitée à 2 années d’allocations par bénéficiaire, assortie ensuite d’une obligation de travail, fût-ce un emploi public.
  • Cette idée, éventuellement élargie à une couverture maladie, une aide à la formation et une assurance sociale pour les enfants, est confiée en 1992-1993 à un groupe de travail. « Pendant un bref moment d’anthologie, ce fut le paradis pour les experts de la misère », indique l’auteur évoquant leurs débats et hésitations entre 3 solutions : « commencer petit, investir beaucoup d’argent, truffer les règles d’exceptions ».
  • Interviennent dans les années 1994-1995 les républicains et un chef de file, Newt Gingrich, artisan du raz-de-marée conservateur aux élections de 1994. Le même appelle aujourd’hui les conservateurs américains à s’inspirer de l’exemple de la France en 2007 avec une stratégie électorale payante : « voter pour le changement en votant pour le parti au pouvoir ».  A l’époque, les conservateurs prennent au mot le président et s’impliquent dans la réforme en imposant une limite dans le temps à tout bénéfice de l’aide sociale, des dotations plafonnées dans les dépenses des Etats, une obligation de formation et de recherche d’emploi pour les bénéficiaires. Au passage, ils se livrent à une manipulation intellectuelle en transformant le concept de compassion : « libérer les pauvres » en supprimant le « bénéfice automatique de l’aide sociale », en favorisant  l’accès à un travail libérateur, donnant du pouvoir, des responsabilités, du lien social.
  • Le projet est adopté en 1995, avec un financement considérable sur plusieurs années : « une bonne loi dans un emballage merdique », dira Clinton.
  • Pendant les années 1995-1999, l’effet sera rapide : une baisse considérable des allocataires, notamment parce qu'une grande partie des allocataires s'exclue d'elle-même du système, devenu dissuasif, un tiers des familles aura « même »  disparu (ni dans les statistiques de l’emploi, ni dans celle de l’aide sociale, sans que l'on sache comment les gens arrivent à vivre). La réalisation est confiée à des agences privées gérant l’accompagnement social et vers l’emploi et la délivrance d’allocations, les sommes distribuées ou engagées dans des plans étant considérables.
  • A la fin des années 1990, les bilans effectués sont problématiques : les agences privées (parfois cotées en bourse) avec des résultats médiocres sur le plan des accès à l’emploi et/ou impliquées dans des détournements, des travailleurs sociaux en faible nombre, incompétents dans leur fonction de Financial and Employment Planner (FEP, gestionnaire financier et professionnel !),
  • Enfin depuis 2002, la situation se dégrade. L’aide sociale (allocations, couplées avec les financements pour la garde d’enfants, les tickets d’alimentation, et l’accompagnement au retour à l’emploi) est confrontée successivement  à une baisse des montants d’allocations, à un financement strictement limité des plans sociaux (Moving to Opportunity pour la santé, New Hope pour le soutien scolaire, Personal Responsability Act pour l’engagement dans un processus d’accès à l’emploi, etc…) et à une faiblesse de tout soutien public. L'érosion du système de l'aide sociale ne s'accompagne pas d'une progression massive de la misère, mais pas non plus d'une accession de la majorité des bénéficiaires à un statut, valorisant, d'actif.

… et la description de sa réalité dans la vie des gens réalités

Le contrepoint, c’est l’histoire jusqu’en 2004 de trois femmes, descendantes d’un même ancêtre, esclave noir. Angie, Jewell et Opal ont 20 ans au début des années 1990, sont déjà mères célibataires, avec des histoires conjugales complexes et vivent entièrement de l’aide sociale, ayant même déménagé de Chicago (Illinois) à Milwaukee (Wilconsin), 250 kms à l’est, pour bénéficier de meilleures allocations et de loyers plus faibles. Les aléas de la vie de ces trois femmes, et de leurs dix enfants, ayant partagé pendant un temps la même maison, seront éloquents. Angie et Jewell, comme de nombreux autres allocataires, se sont paradoxalement mises au travail en refusant les exigences nouvelles : « Ils m’ont donné beaucoup de "faudrait-que", "faudrait-que". J’ai dit "allez vous faire foutre", et je me suis dégotté un boulot », dit ainsi l'une d'elles. Angie agira avec volontarisme et fierté de sa vie professionnelle, pourtant heurtée, ses revenus progresseront de 15 %, juste au-dessus du seuil de pauvreté, mais de manière trop limitée pour un  réel changement de vie. Surtout, elle ne pourra faire face à l’éducation de ses enfants, rapidement livrés à eux-mêmes, à l’absentéisme scolaire, à la violence et à la débrouille, y compris aux trafics. Jewell assumera elle aussi une vie professionnelle heurtée, mais sans s’investir, verra ses revenus progresser, et même d’une manière légèrement supérieure à Angie, sans évolution massive pourtant, sera plus présente auprès de ses enfants et reconstruira une vie familiale avec un de ses amants, sortant de prison. Pourtant, ces 2 femmes resteront dans une situation à la limite de la marginalité et de la misère, dans la précarité. Opal enfin, va pendant ses 15 années poursuivre une vie de toxicomane, trichant, usant les allocations et les travailleurs sociaux, utilisant les failles du système et la faiblesse de ses amis sans évolution massive. Ses enfants seront confiées à sa mère, ou à un orphelinat.

Emerge de cette narration l’idée que la vie des personnes ayant vécu, subi, une réforme aussi importante n’était connue d’aucun de ses responsables ou experts. Ni avant, ni pendant, ni après… La réalité des institutions sociales, de la vie des gens, pourvu qu’on s’y intéresse, est pourtant une vraie source d’inspiration pour toute construction politique. Alors que la France adopte ou se prépare à adopter des lois structurelles sur le travail, la récidive des délinquants, la solidarité active, la vie sociale… il m’a semblé utile de repenser cette idée fondamentale avec ce détour si instructif par les USA.

                                                                            Daniel GACOIN

05 août 2007

Les blogs experts en action sociale

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Une réalité qui progresse…

A l’issue d’une trêve, estivale, je reprends le fil de ces chroniques en profitant de la parution en juillet de la dernière Newsletter de Dunod. Elle présente mon blog, ses chroniques 2006 téléchargeables, mais également deux autres blogs bien intéressants. Le premier s’appelle « Démence et Projet de vie », il a été créé il y a 3 mois par Cécile Delamarre, auteur d’un livre Dunod sur l’accompagnement des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer et apparentées. Le deuxième est un peu plus ancien, créé il y a 6 mois par un confrère, Bertrand Dubreuil, auteur de plusieurs ouvrages et fondateur d’un cabinet conseil en action sociale. J’y reviendrai un peu plus loin. Cette présentation dans la Newsletter Dunod confirme la croissance des blogs, comme réalité incontournable, même si elle touche encore peu le secteur social et médico-social. J’en présentais ici quelques éléments, y compris des informations pratiques, en mai 2006, mais je reviens de nouveau sur cette réalité.

… avec sa diversité

Les blogs spécialisés dans le domaine de l’action sociale sont très divers, à défaut d’être très nombreux. Je ne présenterai pas évidemment mon propre blog, couplé dans quelques semaines avec un site Web, mais plutôt une palette :

  • Ceux qui relèvent d’une expression très personnelle plus ou moins professionnalisée (par exemple education.neufblog.com ou brunoleroyeducateur-ecrivain.hautetfort.com, déjà présentés ici en mai 2006), ou qui relèvent d'une construction d'un groupe (par exemple, celui d'un groupe de cadres en formation, cadravenirethik.canalblog.com, qui contient déjà de nombreuses informations et que j'encourage)
  • Ceux qui relèvent d’une expression politique, comme celui, très prolixe, du juge des enfants bien connu, J-P. Rosenczveig (voir jprosen.blog.lemonde.fr), un blog couplé avec un site web,
  • Ceux qui sont très informatifs comme celui d’un enseignant en IUFM, Daniel Calin, (voir daniel.calin.free.fr, puis son blog « l’écume des temps »), un blog également couplé avec un site Web,
  • Ceux enfin avec une forte vocation d’expertise, les blogs experts (apport de contenus élaborés, sur une thématique, reliés à une construction conceptuelle), encore trop peu nombreux.  En effet, la culture de la communication et des NTIC, bien qu’en large développement, est encore insuffisante chez les experts du secteur social, souvent des personnes de la génération appelée « génération X », influencée par le modèle télévisuel de la « communication-diffusion » (modèle qui parfois n’intègre pas les études pourtant classiques de Lazersfeld dans les années 1940-50), ou de la « communication-persuasion ». Le principe même de la « communication-interaction » propre à ce qu'on appelle la « génération Y » (celle des NTIC et d'Internet) est peu compris, craint, voire dénié.

… et ses limites et opportunités

Cette progression, mesurée, ne doit pourtant pas faire croire à une révolution immédiate dont chacun pourrait s’emparer. Je l’ai déjà dit, à l’heure des blogs experts, s’il y a beaucoup de postulants, il reste peu d’élus à terme : souvent par abandon, ou faible impact, ou refus de l’interactivité, voire faiblesse de contenus. Cependant, avec un peu de méthode, des contenus techniques avérés, de  la constance, avec enfin une vision et des valeurs, l’aventure d’un blog expert est une occasion unique de développer des dialogues fructueux et des réseaux, d’avancer dans les recherches. Je peux en attester, à la fois par les retours visibles et invisibles que j’ai reçus ici. Sur le fond, c’est bien l’idée de réseaux de partage de savoir, de réseaux apprenants avec co-production de contenus, qui est l’enjeu des blogs experts, par différence avec les sites Web… en bref « de nouveaux outils pour de nouveaux usages », comme cela a été rappelé au dernier jury de l’IntraBlog, qui a décerné, entre autres, un prix des blogs d’experts (obtenu par Bertrand Duperrin : voir son site www.duperrin.com, spécialisé dans les NTIC et les nouvelles formes de management des organisations)

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Trois exemples …

Mais ceci me donne l’occasion de présenter trois blogs originaux, qui me semblent réunir des qualités indéniables, acquises pour l’un, en devenir pour les deux autres…

  • Je vous propose tout d’abord d’aller consulter le blog d’Alain Lefebvre : sociétésnordiques.blogspirit.com. Son promoteur est co-auteur du livre « Faut-il brûler le modèle social français ? », paru en 2006 et dont j’ai parlé ici.  Il a une implication politique assez transparente, sur laquelle je n’ai pas à prendre de position (proche de Ségolène Royal), mais surtout il a l’intérêt de vivre dans les pays scandinaves et de fournir avec une grande constance des présentations argumentées, précises, détaillées des systèmes de protection sociale de ces pays. C’est une source d’information et de réflexion vraiment précieuse. Pour avoir encouragé Alain Lefebvre à reprendre l’aventure du blog, je ne peux que me réjouir de ce succès. Vraiment, pour tous ceux qui cherchent à promouvoir l’utilité et la réussite de l’action sociale et médico-sociale, il est impossible de se priver de ce réservoir d’idées. Sur un plan technique, ce blog est d’une grande simplicité : des contenus très sérieux, vraiment très réguliers, quelques liens avec d’autres blogs ou sites, et c’est tout, mais cela marche.
  • Je vous propose ensuite d’aller consulter le blog de Bertrand Dubreuil : blog.pluriel-formation-recherche.fr.Ouvert en mars 2007, il fait partie des blogs couplés avec un site Web, celui de son cabinet de formation et de recherche, créé en 2006. Bertrand Dubreuil est un confrère dont j’apprécie les ouvrages, notamment chez Dunod (sur le travail des directeurs d’établissement social et médico-social, mais également sur l’accompagnement des jeunes handicapés ou l’accompagnement des parents), ou chez L’harmattan (les chemins de banlieue, les collèges en milieu populaire). Son blog est très lisible, agréable et aéré, présente de nombreux textes thématiques permettant de faire connaissance avec ses ouvrages. La nouveauté de l’ouverture de son blog ne lui a pas encore permis de différencier les contenus : on peut avoir les mêmes textes, surtout des résumés ou passages de ses livres, dans le site Web comme dans le blog, certains datant même un peu (celui sur l’évaluation, antérieur à septembre 2006). Très vite, ce blog deviendra un outil différent et complémentaire des livres et du site Web du cabinet de Bertrand Dubreuil. Aussi, j’encourage chacun à le consulter régulièrement.
  • Enfin, je vous propose de prendre connaissance d’un nouveau blog : par-le-grand-chemin.over-blog.com. Il a été ouvert il y a un mois par un directeur d’Institut médico-éducatif, spécialiste des systèmes d’information (dans son association notamment). Son auteur, Christian Viallon, que je connais bien, intervient avec moi dans des séminaires de formation sur l’évaluation interne, organisés par les services formations de Direction(s). Il a, à plusieurs reprises, émis des commentaires dans mon propre blog. Les deux premiers articles qu'il fait paraître dans son blog  sont très intéressants : le premier présente l’intérêt et les enjeux des systèmes d’information dans les associations d’action sociale, le deuxième concerne les écrits professionnels à l’heure du numérique. J’encourage bien sûr Christian Viallon à poursuivre : la distance et la constance des textes sont une nécessité et la première des conditions de la réussite, ensuite c’est l’interactivité qui sera à organiser, mais c’est passionnant et il en est un expert.

… et les leçons qu’ils induisent

J’aimerais un plus grand développement encore des blogs experts en action sociale, c’est à la fois une occasion d’innovation et de démocratie des échanges. Cela suppose que les experts acceptent d’entrer dans une nouvelle aventure et sa discipline. Elle peut être vécue comme un risque, mais c’est une réelle opportunité. Cela suppose également que chaque lecteur n’hésite pas à entrer dans une appropriation critique du savoir par l’expression des questions, désaccords, représentations, en se servant des outils qui sont à sa portée, tout simplement : son clavier, son droit d’interpellation et de réponse, sa richesse de pensée.

                                                            Daniel GACOIN

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